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Les cinq madeleines de Proust

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Par Camille deram, le 29.07.2017

J’ai travaillé sur cette notion toute particulière qui est le Hygge, ce mot danois intraduisible en français que j’ai voulu aborder de manière plus personnelle et peut-être également plus française.
On pourrait tenter de le traduire par ; l’art de créer de l’intimité, le réconfort de l’âme, une notion de chaleur humaine, c’est l’absence de contrariété et prendre plaisir à la présence d’objet apaisant.
Le Hygge est à la fois une ambiance et une expérience.
Cette expérience du plaisir, je l’ai reconnue dans le texte de « la madeleine » de Marcel Proust.
Ce moment où il se remémore un souvenir d’enfance, et sans savoir, le pourquoi du comment, il revit des émotions passées.
« À l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. Il m’avait aussitôt rendu les
vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse : ou plutôt cette essence n’était pas en moi, elle était moi. J’avais cessé de me
sentir médiocre, contingent, mortel. »
L’écrivain retranscrit ses émotions à travers des mots, j’ai voulu transcrire les miennes par des formes, en matérialisant mes souvenirs à travers mes objets. Le premier espace est un peu, un cabinet de curiosité, il y a cinq boîtes, chacune raconte un souvenir, la boîte est l’identité de ce moment passé. Il y aura cinq objets, pour cinq souvenirs, pour cinq sens.
Le premier souvenir revie par le touché, c’est le souvenir des premiers jours d’été lorsqu’on à perdu la sensation de marcher sur le sable. Le moment ou la peau rentre en contacte avec le bord de me et qu’un frisson de bonheur nous envahi.
C’est un tapi qui recréera ce souvenir, il est entièrement composé de shibori (technique traditionnel de teinture japonaise) à l’état premier, l’étape ou le tissu est noué, avant d’être plongé dans l’indigo. Les piques créés par cette technique donnent une impression d’anémone géante sur laquelle on peut marcher.
Le second souvenir est le bruit du clapotis de l’eau, sur le toit, ou sur les feuilles, que l’on contemple derrière sa fenêtre, lors des longues après-midi d’automne.
Une fontaine associée à une jardinière nous permet d’écouter ces deux sons, qui se déclenchent en remplissant le réservoir au sommet.
Le troisième souvenir est l’odeur du feu de bois et des écorces d’agrumes, jetées dans la cheminée, durant les longues soirées d’hiver en famille.
C’est un diffuseur qui nous fera ressentir cette odeur. Il a un aspect organique comme si cet objet était en cire, ce qui nous donne une impression de fragilité.
Le quatrième souvenir est celui des longues balades en bord de mer durant l’été, et que l’on espère apercevoir brièvement le rayon vert.
L’objet cette fois-ci est une lampe, composée de quatre plaques de verre de Saint-Just qui reflète leur lumière sur le pied en métal cabossé, comme le clapotement marin.
Le dernier objet une un souvenir d’enfance plus personnel, celui du goût du lait au miel et à la fleur d’orangé préparé par ma mère au couché.
Une série de couverts avec différents types de coquillages, qui se sont greffés aux manches des petites cuillères. J’ai réutilisé le Roudoudou, ce bonbon iconique, symbole de l’enfance. En figeant l’arôme au creux de ces cuillères, il suffira de les plonger dans une tasse de lait chaud.
Ces cinq souvenirs sont traités avec assez de recul, comme une palette de matière.
Pour que le visiteur puisse s’immerger dans ces différents univers, et à son tour, il pourra s’approprient mes souvenirs pour se remémorant les siens.

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