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Laboratoire d'un environnement attentionnel

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Par Jessica pichet, le 24.07.2017

Quels sont les éléments périphériques d’une exposition éphémère ? Comment regarder les
sous-exposer ? Quels sont les degrés et modes de représentations de l’attention ?

Vivre une expérience esthétique au sein d’un espace d’exposition révèle d’une attention particulière qui appelle le sensible. Le philosophe Jean-Marie Schaeffer, dans L’Expérience esthétique (Collection NRF Essais, Gallimard, 2015) parle de « surinvestissement attentionnel » lors de ces expériences. Nous venons voir et nous nous mettons en condition de réception. Une exposition est un moment éphémère dans
un espace défini. C’est l’art du faire voir qui tient
de la démonstration en proposant une lecture. Le regard est tourné vers les œuvres tandis que le reste comme la scénographie, l’accrochage, l’espace, etc.,
se soustrait. Le philosophe Elie During qualifie ces deux catégories de surexposer (souligner ce qu’on expose) et sous-exposer (travail périphérique). Voir cet arrière-champ demande une attention profonde et volontaire et sélective telle que l’énumère Yves Citton dans Pour une écologie de l’attention (2014).

Je me suis mise dans ces conditions de sélections,
de filtrations méticuleuses pour observer ces espaces, tel « un travail d’observatoire, d’analyse, de choix et de filtrage qui est au cœur du fonctionnement de l’attention », tel le définit Paul Valéry (Paul Valéry, Cahiers, t. 2, op. Cit., p.254, 268, 271). Les lieux d’expositions constituent alors un vocabulaire graphique et scénographique radical suivant les préceptes du white cube, en effaçant l’espace au maximum au profit de l’œuvre. Je dirige mon angle d’attention vers le minimum, le détail, l’infime, soit le champ périphérique ne se plaçant pas dans une saillance. Ils n’existent que pour être oubliés. « Leur absence de fonction révèle soudain un potentiel plastique » comme l’énonce l’artiste Haris Epaminonda.

— Archive, propositions
Dans un premier temps, une investigation analytique sous plusieurs formes (vidéos, photos, notes, croquis)
et situations (galeries, musées, centres) s’est mise
en place telle un protocole. De plus, pour offrir une nouvelle expérience de lecture et un regard nouveau aux visiteurs, une proposition de déplacement scénographique des éléments sous-exposer est présentée au sein de trois lieux d’élections : Cy Twombly (Pompidou), Jardins et Rodin (Grand Palais) Le but étant de montrer qu’une exposition peut se moduler et se déplacer.

— Obersavatoire sous-jacent
Dans un second temps, l’attention périphérique est rendue visible. Grâce à ces premières études, mon regard s’affine vers les traces et figures jusqu’à lors négligés, insoupçonnées et laissés pour fond. Une documentation photographique dans plusieurs lieux se complète en invitant à mieux regarder ce qui nous entoure. Par ailleurs, s’y ajoute une démarche d’assister et d’observer les démontages d’exposition (Élodie Seguin à la Galerie J. Wolff) pour étudier l’œuvre dans un contexte invisible et dans son processus de déplacement caché à l’œil du visiteur.

— Remise en espace
Enfin, une remise en situation in situ des photographies dans l’espace d’exposition s’élabore en confrontant l’actuelle et le passé pour révéler l’éphémère et le déplacement de la scénographie. Une mise en abîme qui rappelle la multiplicité de représentation d’une même chose dans la série « Proto-investigations » de Joseph Kosuth.

Ce laboratoire attentionnel plonge le jury dans un espace vierge d’apparences, mais chaque élément
se déploie et se fait voir par un protocole de manipulations en trois parties. Ce millefeuille attentionnel est inscrit dans un environnement évolutif, s’ouvrant couche par couche. Le terme de « laboratoire esthétique » énoncé par Yves Citon définit bien cet espace. Une exploration passant de la recherche, l’archivage à l’observatoire jusqu’à la spatialisation. Nous passons de l’aplat au volume, en proposant des façons de voir, et en retranscrivant mes expériences vécues. Mon vocabulaire plastique et sensible s’inspire d’Haris Epaminonda en déplaçant ainsi depuis le périphérique vers le centre des éléments
qui constituent la base du vocabulaire d’exposition.
Les systèmes d’accrochages sont montrés et appréciés pour leur plasticité comme le souligne le photographe Wolfgang Tillmans dans ses installations. L’espace est rythmé par une expérience de mobilité et une diversité de points de vue, rejoignant les idéologies de l’artiste minimaliste Carl André.

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